Face à une population européenne qui vieillit et des besoins en main d'oeuvre qui s'accentuent, la politique d'immigration de travail doit être organisée à l'échelle de la Méditerranée, avec un plus grand soutien à la formation, conseille mardi un rapport du Comité d'action pour la Méditerranée.
"Si l'Europe a besoin d'immigrés et n'organise pas leur arrivée; si les pays du Sud subissent la fuite des cerveaux tout en ne sachant pas intégrer leur jeunesse sur leur marché du travail, la Méditerranée deviendra, plus que jamais, une barrière infranchissable", affirme ce rapport consulté par l'AFP.
Centre de réflexion créé en 2024, le Comité d'action pour la Méditerranée plaide pour "l'immigration organisée, fondée sur la co-formation des jeunes du Sud, dans leur intérêt, celui de leur pays d'origine et celui des pays européens", argumentant que, vu le recul démographique amené à perdurer, même les pays européens hostiles à l'immigration comme l'Italie augmentent l'immigration de travail.
Le rapport, qui doit être remis mercredi aux ministres du Travail et de l'Economie, Jean-Pierre Farandou et Roland Lescure, appelle à une "communauté méditerranéenne du capital humain", qui favoriserait des investissements conjoints dans la formation professionnelle, la reconnaissance mutuelle des diplômes et les cursus partagés ainsi que la mobilité des étudiants et travailleurs qualifiés.
"Les Européens vont avoir besoin de jeunes dans tous les métiers, c'est un risque mais c'est aussi une super opportunité" pour les pays du Sud, a expliqué à l'AFP Hakim El Karoui, président du Comité d'action pour la Méditerranée, co-auteur du rapport avec François Gaüzère Mazauric.
Appelant à passer d'une "immigration de l'asile à une immigration de travail", il considère qu'il faut "former (les travailleurs) le plus possible dans les pays d'origine, ce qui est dans l'intérêt de tout le monde".
"Eurostat a mesuré que sans immigration, la population en âge de travailler (15-64 ans) diminuerait de 20% en Europe d'ici à 2050", est-il rappelé, ce qui rend inévitable le recours à l'immigration de travail sur de nombreuses professions, qualifiées ou pas.
Dans les pays d'Afrique du Nord, le nombre d'étudiants augmente mais le chômage des diplômés est souvent important. Pour limiter une fuite des cerveaux, le rapport propose de "cartographier les besoins locaux", mais aussi de mieux "insérer les professionnels déjà présents" en Europe avec des simplifications administratives et apprentissage linguistique, et d'"identifier les pénuries de main d'oeuvre, par pays et par secteur", citant l'exemple du partenariat entre l'Allemagne et l'Inde pour attirer des ingénieurs qualifiés.