La Bolivie a mis fin lundi à 15 ans de parité fixe avec le dollar et dévalué le peso, pour tenter d'attirer des devises et endiguer la pire crise économique que connait le pays andin depuis 40 ans.
Ces dernières jours, le billet vert s'échangeait sur le marché parallèle jusqu'à trois fois le taux officiel, en raison d'une pénurie de dollars.
"Nous remettons de l'ordre dans l'économie pour que des dollars entrent de l'extérieur", a déclaré dimanche le président de centre droit, Rodrigo Paz.
La Banque centrale a fixé lundi le dollar officiel à 9,73 pesos boliviens, un prix proche du taux parallèle. C'est une dévaluation de près de 40% par rapport au taux de 6,96 pesos pour un dollar figé par les autorités depuis 2011.
D'une parité fixe, le pays passe à un régime de change flexible : le cours du dollar officiel sera désormais fixé quotidiennement en fonction de la moyenne des opérations d'achat librement négociées dans le système financier.
"Désormais, le gouvernement reconnaît le prix que nous payions déjà tous", a déclaré à l'AFP une vendeuse de vêtements sur l'immense marché en plein air de la ville d'El Alto, près de La Paz. Comme elle, des centaines de commerçants informels devaient payer leurs produits importés au taux du dollar parallèle "qui augmente chaque fois qu'il y a quelque embrouille politique", a souligné cette femme de 42 ans qui n'a pas voulu donner son nom.
Fernando Romero, président du Collège des économistes de Tarija, ville du sud du pays, a indiqué à l'AFP que la dévaluation "entraînera probablement une hausse des prix des produits importés".
Mais selon lui c'est une "première étape vers (...) une moindre incertitude et une économie plus compétitive", si cela contribue à relancer les exportations et les investissements étrangers.
La Bolivie, 11,3 millions d'habitants, a connu un boom économique dans les années 2000 grâce à l'envol des prix des matières premières, exportant gaz et de minerais sous le gouvernement de gauche d'Evo Morales (2006-2019). Ces industries nationalisées ont ensuite connu des problèmes de productivité et une baisse de prix des matières premières, ce qui a entraîné une baisse des réserves en dollars. La crise économique a éclaté sous le gouvernement du successeur de M. Morales, Luis Arce (2020-2025), qui a essuyé la première année de récession en Bolivie depuis 1986.
M. Paz, qui a mis fin à 20 ans de gouvernements de gauche, est arrivé au pouvoir en novembre, promettant de réduire les dépenses de l'Etat et de privatiser. Des mesures qui l'ont rendu impopulaire dans une grande partie de la population qui a réclamé sept semaines durant, en vain, sa démission.
Il a dû recourir à l'état d'exception et mobiliser l'armée pour lever les blocages routiers d'ouvriers et de paysans qui asphyxiaient les grandes villes en pénurie de nourriture, de carburants et de médicaments.