Quatre ONG ont saisi mercredi la justice française pour obtenir l'accès à des documents qui permettraient de savoir si TotalEnergies s'est conformé à son devoir de vigilance dans le sud du Nigéria, où les organisations estiment que le géant pétrogazier est en train de se désengager, a appris l'AFP.

TotalEnergies a l'obligation d'"identifier les risques et prévenir les atteintes graves envers les droits humains et l'environnement", estiment les organisations dans un communiqué commun consulté mercredi par l'AFP. Elles espérent que la justice leur permettra d'accéder à des documents pour "vérifier si l'entreprise s'est effectivement conformée à cette obligation".

A cette fin, Les Amis de la Terre France, Hawkmoth, HEDA Resource Centre et Social Action "assignent (TotalEnergies, ndlr) devant le tribunal judiciaire de Paris afin d'obtenir des éclaircissements sur les modalités de son projet de désinvestissement dans la JV Renaissance".

JV Renaissance est une coentreprise (joint venture en anglais) issue de la Shell Petroleum Development Company (SPDC), opérateur d'actifs pétroliers et gaziers régulièrement mis en cause pour des fuites d'hydrocarbures, des déversements non nettoyés et la combustion de gaz à ciel ouvert dans les Etats du sud du Nigeria.

Le géant des hydrocarbures britannique Shell avait vendu cette filiale pétrolière début 2024 à un groupe de plusieurs entreprises nommé Renaissance, tout en assurant rester "un investisseur majeur dans le secteur de l'énergie du Nigeria" grâce au forage en eaux profondes et à la production de gaz.

TotalEnergies, qui détient 10% de cette "JV Renaissance", a annoncé en janvier 2026 sa volonté de céder cette participation à un consortium nigérian, Vaaris. L'opération demeure soumise à l'approbation du régulateur local.

Les associations s'inquiètent d'un "mouvement de retrait des majors pétrolières européennes, mené en toute opacité", estimant qu'"aucune information n'a été communiquée" sur d'éventuelles "garanties concernant la remise en état des zones polluées et l'indemnisation des personnes affectées".

"La dépollution de la région pourrait s'en trouver compromise", estiment Les Amis de la Terre France, Hawkmoth, HEDA Resource Centre et Social Action. Et ce, "alors que les entreprises du secteur des énergies fossiles tirent des profits considérables de leurs activités".

La loi de 2017 sur le "devoir de vigilance" impose aux grandes entreprises françaises de publier un document cartographiant les risques graves pour les droits humains, la santé et l'environnement liés à leurs activités et à celles de leurs partenaires commerciaux, et de mettre en oeuvre des "mesures de vigilance raisonnable" pour les prévenir.