Plus de 500 entreprises se sont engagées mardi à ouvrir davantage leur recrutement aux territoires ruraux et aux quartiers urbains défavorisés et agir contre les discriminations à l'embauche, via une charte fixant des objectifs chiffrés.
Ce texte, issu de la campagne "Talents de France" lancée début 2026, contient des "objectifs chiffrés pour développer la diversité territoriale, ouvrir davantage l'accès aux stages et à l'alternance, renforcer le mentorat et lutter plus efficacement contre les discriminations", selon le ministère en charge de la Lutte contre les discriminations.
En présence de la ministre Aurore Bergé, des PME et grands groupes tels que Sanofi, L'Oréal et le Crédit Mutuel Arkéa ont signé mardi dans les locaux parisiens de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT+ (DILCRAH) ce texte visant à lever certains freins à l'embauche dans certains territoires.
Les entreprises signataires s'engagent notamment à atteindre 8% minimum de recrutements issus des quartiers prioritaires de la ville et des territoires ruraux et atteindre progressivement 15% de stages et d'alternances occupés par des jeunes issus de ces territoires.
Dans les zones rurales, les habitants se disent relégués par la société en matière de mobilité, selon des travaux de la Fondation Jean-Jaurès présentés par le co-directeur général Jérémie Peltier. Son étude "France des bourgs, France des tours" questionne les citoyens sur leur sentiment de discrimination à l'embauche.
Il a rapporté le témoignage d'un habitant d'un quartier prioritaire, interrogé dans le cadre de cette étude, et qui déplorait que le "narcotrafic a(it) eu des impacts immenses sur l'image de (son) territoire".
Barrière financière, déserts médicaux, accès aux logements sociaux, manque de représentativité... En apparence diamétralement opposées, ces zones possèdent en réalité plusieurs points de convergence en termes d'inégalités territoriales, selon cette étude.
"On n'a pas accès aux (...) mêmes opportunités, à la fois quand on est issu d'une commune très rurale et quand on est issu d'un quartier prioritaire de la politique de la ville", a rappelé sur BFM Business Aurore Bergé, y voyant une "géographie de l'injustice" concernant "42% des Français".
Les entreprises signataires, souvent épaulées par des partenaires associatifs devront ainsi "faciliter l'accès à un premier entretien professionnel pour les jeunes diplômés issus de ces territoires, en proposant un accompagnement complet" avec du coaching ou des solutions adaptées à l'éloignement, comme "la visioconférence ou la prise en charge des déplacements", selon la charte.
En interne, elles s'emploieront à "déployer des actions de formation pour les recruteurs et les managers, structurer des dispositifs d'alerte" ou instaurer "des outils d'évaluation, notamment via des questionnaires, pour mieux comprendre le vécu des salariés".
Les plus de 500 entreprises signataires "rassemblent près d'un million de salariés", selon le ministère, qui précise que la charte est aussi signée par plusieurs collectifs, "qui représentent à eux seuls 20 millions de salariés".
Dans le cadre de cette campagne, le ministère avait aussi lancé en début d'année un "testing" avec l'envoi de 16.000 CV répondant à 4.000 offres d'emploi réelles dans 20 secteurs d'activité.
Le bilan, initialement envisagé en juin, est désormais attendu en septembre mais "les premiers résultats" montrent, selon Mme Bergé, que "malheureusement" des discriminations "persistent" selon l'origine, l'adresse ou le genre des candidats.