Ce qu'il faut retenir :
- L'Ethereum Foundation a publié un guide destiné aux gouvernements et institutions qui évaluent la blockchain.
- Elle présente Ethereum comme une infrastructure publique neutre pour l'identité, les registres et la tokenisation.
- Son argument central : seule une blockchain vraiment décentralisée convient à un usage public de long terme.
L'Ethereum Foundation part à la conquête des États. L'organisation a publié ce mercredi un guide destiné aux décideurs publics et institutionnels, avec une thèse assumée : l'architecture décentralisée d'Ethereum en ferait le socle idéal des systèmes numériques souverains. Signé par son équipe Global Policy Strategy, le document « Ethereum for Governments and Institutions » se veut un manuel non technique pour les responsables qui évaluent la blockchain.
Pourquoi l'Ethereum Foundation vise-t-elle les États ?
Le raisonnement part d'un constat. La plupart des services numériques actuels, des paiements à l'identité en passant par les registres et l'état civil, reposent sur des intermédiaires centralisés. Or ces intermédiaires constituent autant de points de défaillance uniques, exposés aux pannes, aux cyberattaques et aux pressions politiques. Ils obligent aussi les utilisateurs à faire confiance à un opérateur pour garder l'accès et faire respecter les règles.
Face à cela, la Fondation avance qu'Ethereum offre une alternative neutre, que personne ne contrôle, à l'image d'internet. Le rapport décrit les protocoles vraiment décentralisés comme « ouverts, sans propriétaire », et cadre Ethereum comme une infrastructure publique numérique plutôt que comme un simple réseau financier. À l'appui, il cite des déploiements déjà en cours : des projets d'identité décentralisée au Bhoutan et à Buenos Aires, ou des registres fonciers sur Ethereum en Inde.
Fiabilité, sécurité : les arguments avancés
Pour convaincre, la Fondation met en avant le bilan technique du réseau. Ethereum fonctionne sans interruption depuis son lancement en 2015, quand les autres blockchains passées au crible ont connu entre une et sept pannes, dont un arrêt de 19 heures en 2023 sur l'une d'elles. Selon un rapport d'OpenZeppelin qu'elle cite, le réseau était sécurisé par environ 76 milliards de dollars d'ETH mis en staking en mars 2026. S'y ajoutent un réseau de validateurs répartis à travers le monde, plus de cinq logiciels clients indépendants qui limitent le risque qu'un seul bug fasse tomber le réseau, et un écosystème de développeurs parmi les plus fournis du secteur.
Argument clé : sans opérateur, Ethereum n'introduit aucune contrepartie. Aucune partie ne peut changer les règles, restreindre l'accès ou couper le réseau. Un point que la plupart des autres blockchains de couche 1 ne remplissent pas, insiste le rapport.
Un tacle à peine voilé aux concurrents
Derrière le plaidoyer, il y a une bataille de positionnement. La Fondation appelle les régulateurs à distinguer les blockchains publiques vraiment décentralisées de celles qui restent contrôlées par une entreprise ou une fondation. Le rapport pointe le cas d'un grand réseau dont la société mère détiendrait environ 42 % des tokens, et déciderait de la sélection des validateurs. Le message adressé aux États est clair : la structure de gouvernance doit primer sur les performances au moment de choisir une plateforme pour le long terme.
L'argument sert aussi les intérêts d'Ethereum, souvent critiqué pour sa lenteur et ses coûts face à des rivaux plus rapides comme Solana. Ces derniers rétorquent que la vitesse et le faible coût comptent autant que la décentralisation pour un usage de masse. Le débat est loin d'être tranché.
Et maintenant ?
Le timing ne manque pas de sel. La Fondation courtise les institutions au moment même où le marché souffre : comme nous l'avons vu, les ETF Ethereum ont perdu près de 529 millions de dollars en juin. L'adoption institutionnelle avance pourtant sur un autre terrain que celui des cours.
Les gouvernements multiplient les tests autour de l'identité, des registres et de la tokenisation, et les banques s'y mettent, à l'image de Crédit Agricole qui vient de régler une souscription de fonds via un stablecoin. La question des prochains mois se résume à un arbitrage : entre décentralisation et performance, quel critère les décideurs publics feront-ils primer ?