Le PDG de Dassault Aviation Eric Trappier a accusé mercredi Airbus d'écarter son groupe du programme Eurodrone, sur fond de relations déjà fortement dégradées entre les deux industriels après l'échec de leur partenariat sur le futur avion de combat, le Scaf.

"Airbus nous a dit +dehors+. On n'est pas d'accord, et donc on discute de pourquoi on est dehors. Je ne peux plus vous dire où en est le problème, puisque les ponts sont coupés", a déclaré Eric Trappier au cours des auditions devant une commission du Sénat.

Airbus est maître d'oeuvre du programme Eurodrone lancé en 2015 pour concevoir un drone MALE (Medium altitude, long endurance) développé conjointement par la France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne.

Aux côtés d'Airbus et Leonardo, Dassault est notamment responsable des systèmes de contrôle de vol, un élément essentiel de pilotage et de conduite des opérations.

Ce nouveau contentieux entre Dassault et Airbus émerge au moment où l'avenir d'Eurodrone en France est incertain.

Dans l'actualisation de la loi de programmation militaire présentée en avril, le gouvernement a supprimé les crédits destinés à l'acquisition de six systèmes Eurodrone, estimant l'appareil moins adapté à la haute intensité que les nouvelles générations de drones.

Selon la presse, après le désengagement de la France Airbus a modifié la répartition des travaux et Dassault, qui estime perdre une partie des investissements réalisés, demande une contrepartie.

Ce différend intervient quelques semaines après l'abandon du Scaf, l'un des plus ambitieux programmes européens de défense, sur fond de divergences industrielles et de gouvernance entre Airbus et Dassault, ce dernier ayant revendiqué le maintien de son rôle de maître d'oeuvre du futur avion de combat.

Interrogé par l'AFP, Airbus n'a pas réagi dans l'immédiat.

"Un Eurodrone au-dessus du Sahel - cela vole longtemps et observe bien, cela doit avoir une pertinence. Mais un Eurodrone dans un conflit armé où le ciel n'est pas complètement maîtrisé, où la menace sol-air et air-air est toujours là, c'est surement une cible assez facile", a souligné le patron de Dassault.

"C'est le drone d'hier que nous aurons demain, parce qu'il a cinq ans de retard", avait martelé le chef d'état-major de l'armée de l'Air et de l'Espace, le général Jérôme Bellanger, en novembre 2025.

Airbus continue de soutenir que nombre de pays "montrent un intérêt à ce type de plateforme", dont le premier vol est prévu en 2029.

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