Economes, écologiques et efficaces, les réseaux de froid urbain sont mis en avant comme une solution d'avenir pour affronter des étés de plus en plus chauds, à condition qu'ils soient dimensionnés pour résister aux canicules les plus sévères.

Face aux vagues de chaleur toujours plus intenses, les réseaux de froid urbain ont le vent en poupe : ces systèmes centralisés permettent de produire et distribuer de l'eau glacée via des canalisations pour rafraîchir les bâtiments.

D'ici à 2030, l'exécutif français souhaite voir la capacité de cette technologie doubler. Elle n'est que modestement déployée jusqu'à présent en France, qui ne compte qu'une cinquantaine de réseaux de froid urbain, principalement dans les grandes métropoles.

Un segment dans lequel les entreprises du secteur souhaitent s'engouffrer. Les groupes français Veolia et Engie ont ainsi annoncé le lancement d'études afin d'implanter dans les villes moyennes cette technologie dont ils vantent les vertus environnementales.

Dans son dernier avis, le Haut Conseil pour le climat (organisme français chargé d'évaluer l'action publique en matière de climat) estime que "le développement des réseaux de froid sera particulièrement intéressant" pour "minimiser" le recours à la climatisation et ainsi "diminuer les effets d'îlots de chaleur".

Mais ces réseaux de froid peuvent-ils résister aux canicules les plus intenses ? Au plus fort de la vague de chaleur qui a touché la France fin juin, certaines infrastructures ont atteint des pics de puissance. Des établissements, notamment à Paris, ont subi des coupures de climatisation, comme le cinéma UGC des Halles et un bâtiment du groupe bancaire BPCE.

"Le problème, c'est qu'à Paris vous avez des installations de production de froid dimensionnées pour une température maximale de 35 degrés", explique à l'AFP l'ingénieur Pascal Stabat, professeur en énergétique à l'Ecole des mines de Paris.

"Quand il fait très chaud, il y a un déséquilibre entre la production et la demande, donc la production de froid peut être un peu faible", poursuit le professeur.

Entre le 18 et le 27 juin, les températures maximales ont dépassé 35 degrés tous les jours à Paris.

Cet épisode caniculaire avait fait craindre une température "dégradée" dans le quartier d'affaire de la Défense, près de Paris. Le directeur du site de la société Idex La Défense, qui refroidit les tours du quartier, avait dit à l'AFP que l'usine de refroidissement ne parvenait plus à reconstituer ses stocks de glace la nuit.

- Une affaire de puissance -

Depuis, l'entreprise, qui exploite dans ce quartier le deuxième plus grand réseau de froid de France, a affirmé qu'elle avait assuré "100% de la continuité du service", notamment grâce à la "coopération" de ses abonnés, "qui ont respecté les consignes de climatisation autour de 26 degrés".

"Il faudra à l'avenir s'assurer de renforcer la robustesse du réseau", souligne auprès de l'AFP le directeur général adjoint d'Engie, Frank Lacroix.

Mais pour Pascal Stabat, la capacité des réseaux de froid à résister aux fortes chaleurs n'est pas un problème d'un point de vue technique. "Il y a des réseaux de froid en Arabie saoudite, donc s'adapter à des températures plus élevées, on peut le faire. Mais il faut investir pour avoir davantage de puissance. Donc ça coûte plus cher", précise-t-il.

D'autres modèles de réseaux vantent une plus grande résilience face aux canicules grâce à une technologie différente : un réseau capable de distribuer le chaud et le froid selon les besoins, comme sur le plateau de Saclay, au sud de Paris, exploité par Veolia. Sur ce site, la puissance du réseau de chaleur, totalement réversible pour distribuer du froid, permet de garantir une production suffisante de froid en été.

Mais cette technologie repose sur "une mixité des usages" entre les bâtiments raccordés par le réseau sur le plateau de Saclay, où se côtoient usines, laboratoires, centres de recherche et salles de sport. Cette technologie est plus difficile à implanter dans du bâti préexistant, "où l'on a longtemps installé le tertiaire d'un côté, et les habitations de l'autre", note Pascal Stabat.

Pour ce professeur, l'autre défi à venir pour les réseaux de froid est de les raccorder aux habitations, alors qu'ils sont pour l'essentiel concentrés sur des bâtiments tertiaires.

Une piste sur laquelle affirme travailler Frank Lacroix, qui évoque la possibilité de "ramener le froid, à Paris, via les cours intérieures" des immeubles.