Le câblo-opérateur américain Comcast a annoncé lundi la séparation de ses activités médias, comprenant le britannique Sky et la filiale NBCUniversal, du reste du groupe.

C'est une nouvelle étape pour Comcast, qui s'était déjà défait, en janvier, d'un portefeuille de chaînes câblées, notamment MS Now (ex-MSNBC) et CNBC, désormais logés dans la société cotée Versant.

Là aussi, NBCUniversal et Sky vont être placés dans un nouveau véhicule coté, qui prendra le nom de NBCUniversal.

NBCUniversal comprend notamment les studios Universal, les parcs d'attraction du même nom, la grande chaîne nationale américaine NBC, ainsi que la plateforme de streaming Peacock.

Cette décision consacre encore davantage la fin de l'ère des conglomérats nés de rapprochements entre l'industrie des télécommunications et celle des médias.

A l'issue de l'opération, dont la finalisation est prévue d'ici un an, Comcast conservera environ 19,9% du capital de la nouvelle entité, participation dont elle prévoit de se défaire à moyen terme, selon un communiqué publié lundi.

Le solde des titres du nouveau NBCUniversal sera distribué aux actionnaires actuels de Comcast.

Au terme de l'opération, "chaque entreprise sera mieux placée pour poursuivre ses propres priorités stratégiques, investir dans la croissance et créer de la valeur à long terme pour les actionnaires en tant qu'entité indépendante", a justifié le groupe.

Brian Roberts, actuel PDG, "continuera à jouer un rôle actif dans la direction" des deux entreprises, tandis que Mike Cavanagh, actuel codirecteur général, deviendra directeur général de NBCUniversal, et que Michael Angelakis, ancien directeur financier, prendra le poste de directeur général de Comcast.

- "Nous avons changé d'avis" -

Cette scission annoncée est une nouvelle illustration du changement de stratégie qu'ont adopté la plupart des grands industriels des télécommunications.

Au tournant des années 2000, nombre d'entre eux avaient parié sur le mariage entre contenant et contenu, à l'image de Vivendi prenant le contrôle de Canal+ et d'Universal ou d'AOL absorbant Time Warner.

Mais aucune de ces unions n'a vraiment porté ses fruits, l'assemblage AOL/Time Warner étant même considéré aujourd'hui comme l'une des pires opérations de fusion ou acquisition de l'histoire du capitalisme américain.

Dès 2004, plombé par un endettement colossal, Vivendi a cédé le contrôle d'Universal à General Electric (GE), qui l'a combiné avec NBC pour former NBCUniversal.

En 2011, Comcast a pris 51% d'une société commune avec GE dans laquelle était placé NBC Universal, avant d'en devenir le seul actionnaire en 2013.

"Nous pensions que l'effet de taille et la diversification justifiaient de gérer ces deux activités (câble et médias) ensemble, mais nous avons changé d'avis", a déclaré Mike Cavanagh lors d'une conférence téléphonique, lundi.

Le câble et les télécommunications ont toujours eu un modèle économique et des horizons d'investissement très différents de l'industrie du divertissement.

Ce décalage s'est encore accentué avec l'émergence de la fibre ou des smartphones côté télécommunications et la transition des médias vers le numérique, marqué par l'essoufflement de la télévision par câble aux États-Unis et l'essor du streaming.

Cette superposition a d'ailleurs souvent suscité le scepticisme d'une bonne partie des investisseurs.

Après un coup de chaud en 2021 grâce à la pandémie, le titre Comcast se traîne depuis plusieurs années et évolue actuellement au même niveau qu'il y a dix ans.

Wall Street a validé le virage stratégique annoncé lundi. Dans les échanges électroniques préalables à l'ouverture de Wall Street, l'action Comcast prenait près de 20%.

Séparé de NBCUniversal, Comcast va redevenir câblo-opérateur classique, centré sur la fourniture d'internet, de la télévision par câble et exploitant d'un réseau de téléphonie mobile.

Avant Comcast, son concurrent AT&T avait déjà jeté l'éponge en cédant, en 2022, WarnerMedia à Discovery, pour former Warner Bros Discovery, récemment racheté lui-même par Paramount-Skydance.

Un autre câblo-opérateur américain, Verizon, avait revendu ses actifs dans les médias, principalement AOL et Yahoo, en 2021.