Offensive de charme, fermeté sur l'inflation: pour sa première apparition au forum de la BCE à Sintra, au Portugal, comme président de la Fed, Kevin Warsh a affiché mercredi son unité avec les autres grands banquiers centraux tout en esquissant son propre style.
Successeur de Jerome Powell depuis quelques semaines, le président de la banque centrale américaine s'est montré particulièrement bavard lors d'un panel réunissant Christine Lagarde (Banque centrale européenne), Andrew Bailey (Banque d'Angleterre) et Tiff Macklem (Banque du Canada), affichant un ton consensuel envers des homologues plus expérimentés.
Il s'est dit "enthousiasmé" des discussions menées à Sintra, près de Lisbonne, dans "un esprit ouvert et une réelle volonté de repenser la conduite de la politique monétaire", un chantier lancé depuis son arrivée à la Fed.
Il a notamment salué l'accueil réservé par Mme Lagarde aux réflexions engagées à Washington sur la productivité, les nouvelles données économiques ou les cadres d'analyse de l'inflation.
- Fermeté sur l'inflation -
Mais derrière cette opération de séduction, M. Warsh a surtout cherché à rassurer sur sa détermination à combattre l'inflation.
Son discours a davantage collé à celui traditionnellement tenu à Francfort, siège de la BCE, qu'à celui attendu d'un patron de la Fed, dont le mandat intègre aussi le plein emploi.
"Si certains acteurs, que ce soit parmi les ménages, les entreprises ou dans le domaine financier, pensaient que cette banque centrale allait se satisfaire d'un objectif d'inflation supérieur à 2%, eh bien, j'imagine qu'ils seraient déçus", a-t-il lancé.
"Nous rétablirons la stabilité des prix aux Etats-Unis", a-t-il martelé, alors que l'inflation y est au plus haut depuis trois ans.
Interrogé sur l'influence éventuelle du président Donald Trump, qui avait multiplié les attaques contre son prédécesseur Jerome Powell en raison de sa politique monétaire, Kevin Warsh s'est montré imperturbable: "nous resterons une banque centrale indépendante".
- Communication repensée -
Une fermeté qui s'affiche alors que la Fed a récemment relevé ses prévisions d'inflation et signalé qu'une hausse des taux d'ici fin 2026 était envisageable.
Pourtant, M. Warsh s'est refusé à donner le moindre indice sur la prochaine décision de politique monétaire, décevant les marchés qui espéraient davantage de visibilité.
"Je ne vais pas donner d'orientation à l'avance (+forward guidance+ dans le jargon des banques centrales)" tandis que la Fed se réunira "dans quatre semaines", a-t-il dit, promettant simplement un "bon débat" lors de la prochaine réunion du comité monétaire.
Sur ce point, la convergence avec Mme Lagarde est frappante.
"Si j'ai un regret, c'est de m'être sentie liée et contrainte par la +forward guidance+", initiée sous son prédécesseur Mario Draghi dans les années 2010, a déclaré la banquière centrale.
"Je n'aurais pas pu le dire mieux", a abondé M. Warsh, annonçant vouloir "tracer une nouvelle voie" dans la communication de la Fed.
Andrew Bailey, de la Banque d'Angleterre, a également estimé qu'avec la communication préalable sur les taux, "on peut très facilement s'enfermer", soulignant que les tensions géopolitiques avaient durci les conditions monétaires outre-Manche.
"Il y avait l'attente que nous abaissions les taux cette année (...) mais cette hypothèse a disparu en mars" avec le début de la guerre avec l'Iran et "elle est toujours exclue aujourd'hui".
Les quatre responsables ont enfin souligné la nécessité d'adapter leurs outils et méthodes d'analyse à un environnement économique bouleversé par l'intelligence artificielle et les chocs géopolitiques.