Le nouveau patron de la banque centrale américaine (Fed) Kevin Warsh a voulu convaincre le monde monétaire lundi de son sérieux en matière de lutte contre l'inflation, pendant que la Maison Blanche disait se méfier d'autres membres de l'institution monétaire.
Les prix sont "trop élevés" aux Etats-Unis, a déclaré M. Warsh lors d'un forum organisé par la Banque centrale européenne (BCE) au Portugal.
"Si certains acteurs, que ce soit parmi les ménages, les entreprises ou dans le domaine financier, pensaient que cette banque centrale allait se satisfaire d'un objectif d'inflation supérieur à 2%, eh bien, j'imagine qu'ils seront déçus", a-t-il ajouté.
Kevin Warsh sait qu'il est attendu au tournant en raison du contexte de sa nomination. Il a été désigné par le président Donald Trump, alors ouvertement engagé dans une campagne de pression contre l'ex-chef de la Fed Jerome Powell.
Donald Trump ne cache pas vouloir des taux d'intérêt nettement plus bas dans l'optique de stimuler l'économie. Il minimise régulièrement le risque qu'une telle détente alimente l'inflation, que la Fed est chargée de combattre.
Il en a découlé une forme de soupçon originel au-dessus de Kevin Warsh, arrivé fin mai à la tête de l'institution monétaire.
"Je pense qu'il a envoyé (mercredi) un signal aux marchés du genre +Ne vous attendez pas à ce que je vienne (à une réunion de la Fed) pour baisser les taux et me plier aux volontés du président+", a commenté auprès de l'AFP Tom Cahill, analyste pour le cabinet Ventura Wealth Management.
"Cela fait très longtemps que nous sommes une banque centrale indépendante (...) et cela ne changera pas", a insisté M. Warsh depuis le Portugal.
Il s'agissait de sa première immersion, comme président de la Fed, au sein du gratin de la politique monétaire mondiale.
Il était aux côtés de ses homologues de la Banque centrale européenne (BCE), de la Banque d'Angleterre et de la Banque du Canada. Ceux-là mêmes qui se sont fendus d'un communiqué commun, avec d'autres banquiers centraux, pour prendre la défense de Jerome Powell quand il a été visé par une procédure judiciaire avec l'aval de Donald Trump.
- L'exécutif "surveille" la Fed -
M. Powell est toujours membre de la Fed, ayant décidé d'y rester comme simple gouverneur tant que subsistent des pressions à son encontre.
En tout cas, l'exécutif américain lui voue toujours une grande méfiance.
"Ce qui m'inquiète, avec le maintien de Jay Powell, c'est qu'il y ait une majorité de membres de la Fed qui ne votent pas parce qu'ils sont patriotes, mais plutôt parce qu'ils veulent la faire à l'envers à Trump", a déclaré Kevin Hassett, le principal conseiller économique du président américain, mercredi sur Fox Business.
"Nous allons devoir surveiller cela de près, et vous pouvez être sûr que ce ne sera pas la faute de Kevin Warsh. Il va falloir qu'il remette un peu d'ordre là-dedans et ce ne sera pas une mince affaire", a-t-il poursuivi.
Douze personnes en tout votent sur les taux d'intérêt américains. Plusieurs estiment qu'il puisse falloir les relever pour juguler l'inflation.
Kevin Hassett a affirmé que ce serait "une erreur macroéconomique" et suggéré que Kevin Warsh était de son avis.
Le nouveau patron de la Fed a posé comme principe de ne donner aucune indication sur la trajectoire possible de la politique monétaire, laissant les investisseurs interpréter les données économiques et chacun de ses propos.
Le fait qu'il insiste sur la volonté de retrouver la "stabilité des prix" (ce qui veut dire pour la Fed une inflation limitée à 2%) est vu comme un possible présage de resserrement monétaire.
La banque centrale américaine est chargée de lutter contre l'inflation mais aussi de créer les conditions du plein-emploi. Quand les prix augmentent, elle peut relever ses taux directeurs - qui guident les coûts d'emprunt - pour freiner l'activité et limiter l'emballement. Elle les abaisse à l'inverse pour relancer la machine.
La Fed n'a pas touché à ses taux d'intérêt depuis décembre 2025. Les investisseurs imaginent qu'une hausse pourrait intervenir dès septembre prochain, selon l'outil de veille CME FedWatch.