Faire une recherche sur Google et avoir en réponse un résumé grâce à l'intelligence artificielle: le géant américain s'apprête à lancer en France cette fonctionnalité, qui fait planer sur les médias une lourde menace de baisse de trafic.
C'est une petite révolution qui se prépare pour les internautes, qui pourraient rapidement se contenter de ces synthèses gratuites, sans cliquer comme jusqu'alors sur les liens proposés par le premier moteur de recherche au monde.
Mais du côté des médias, "on s'attend au pire", glisse un dirigeant.
Ces résumés, figurant en général en tête des résultats des recherches, sont déjà offerts par Google dans plus de 120 pays et en 11 langues, depuis deux ans. D'autres moteurs comme Bing le proposent déjà dans l'Hexagone.
"Nous mettons tout en oeuvre pour déployer les Aperçus IA et le Mode IA en France", a indiqué Google mardi dans une déclaration transmise à l'AFP, ajoutant qu'il était "encore trop tôt pour partager une date précise de lancement".
Mais selon le quotidien Ouest-France, qui a révélé cette nouveauté, Google a informé par courrier les éditeurs de presse d'un lancement "cet été".
Les "aperçus IA" sont ces résumés de quelques lignes rédigés par l'intelligence artificielle à partir des résultats de recherche. Le "Mode IA" est une recherche conversationnelle assez similaire à ChatGPT.
Pour les médias français, ces résumés représentent un risque de voir leur audience en ligne diminuer. D'après une étude publiée par le Pew Research Center en juillet 2025, les internautes sont deux fois moins nombreux à cliquer sur un lien de résultat lorsqu'ils disposent d'un résumé par IA.
"Le jour où Google lance +overview+ ("aperçus IA"), on perd 30%" de trafic venant de Google, s'était inquiété il y a quelques semaines un patron de presse régionale auprès de l'AFP, sous couvert d'anonymat.
L'arrivée de ces nouvelles fonctionnalités pourrait ouvrir une négociation entre le groupe américain et les médias français sur leur rémunération, alors que le secteur est en souffrance. Il est déjà touché par des baisses de revenus (abonnements, publicité...) et les plans de suppressions d'emplois s'enchaînent, de Prisma Media (Geo, Capital, Femme Actuelle, Voici...) à Centre France et Ebra (Le Progrès, les Dernières nouvelles d'Alsace...).
- "respecter la loi" -
En France, Google a conclu des accords avec 450 éditeurs de presse et agences sur les droits voisins, qui permettent aux journaux, magazines ou agences de presse de se faire rémunérer lorsque leurs contenus sont utilisés par les géants du numérique.
Les droits voisins ont été instaurés par une directive européenne de 2019, rapidement transposée dans le droit français.
D'après une source proche du dossier, le courrier envoyé par Google aux éditeurs de presse précise que les résumés par IA ouvriront également droit à une rémunération au titre des droits voisins.
"Je trouverais regrettable que Google ne profite pas des semaines qui restent avant ce déploiement pour essayer de nouer des accords avec les éditeurs de manière à respecter pleinement la loi, comme l'ont fait d'autres acteurs majeurs de l'IA", a appuyé auprès de l'AFP Louis Dreyfus, président du directoire du groupe Le Monde (le quotidien Le Monde, Télérama, Courrier International...).
"Google va-t-il payer le juste prix? Mais il n'y a pas que la rémunération: il y a le ciblage des publics, l'exploitation des données, la responsabilité des contenus... Il y a énormément de sujets sur la table", souligne aussi à l'AFP Encarna Marquez, directrice de l'IA chez France Télévisions. Elle s'inquiète pour "le lien" avec les usagers.
Selon la même source proche du dossier, les éditeurs de presse disposeront de la possibilité de refuser de faire figurer leurs contenus dans les "aperçus IA" et le "mode IA", et les résultats de recherche classiques ne seront pas impactés.
L'essor de l'IA générative a déjà provoqué de profonds changements économiques pour les médias. Plusieurs acteurs ont noué des partenariats avec des entreprises d'IA, mais certains dénoncent le pillage de leurs contenus.
Ces groupes "volent effrontément la propriété intellectuelle" des médias d'information, avait accusé début juin le patron du journal américain New York Times, Arthur Gregg Sulzberger.