Anthropic a redonné accès mercredi à son modèle d'intelligence artificielle (IA) grand public le plus avancé, Fable 5, après deux semaines d'un tango avec le gouvernement Trump qui signale un virage en matière de régulation.
- Que sont Mythos et Fable? -
Mythos est le nom du modèle le plus avancé de la start-up californienne, génitrice de la famille d'IA Claude. Anthropic a jugé ses capacités telles qu'en avril, elle a choisi de limiter sa diffusion.
Des tests préalables au lancement avaient permis à l'entreprise d'identifier des milliers de failles logicielles dans des programmes très utilisés sur Internet.
Anthropic n'a donné accès à Mythos qu'à une poignée d'organisations, en particulier des spécialistes en cybersécurité, afin de combler le maximum de vulnérabilités avant une commercialisation plus large.
Le 9 juin, le groupe a ouvert au grand public une version bridée de Mythos, Fable 5, à même de bloquer les tentatives de détournement à des fins de piratage informatique.
- Comment le gouvernement Trump est-il intervenu? -
Trois jours seulement après l'arrivée de Fable 5, le ministère américain du Commerce a enjoint Anthropic d'en empêcher l'accès, ainsi qu'à Mythos (rebaptisé Mythos 5), à tout ressortissant non américain, y compris parmi les propres salariés de la start-up.
Dans l'incapacité de faire rapidement le tri, Anthropic ne demandant pas à ses utilisateurs de fournir une preuve de nationalité, l'entreprise a décidé de suspendre l'accès aux deux modèles.
- Pourquoi ce tour de vis? -
Le ministre du Commerce, Howard Lutnick, a justifié cette décision par un signalement. Une entité autorisée à utiliser Mythos, Amazon selon une source proche du dossier, a dit au gouvernement avoir réussi à détourner le modèle, ce qui le rendait potentiellement dangereux.
Anthropic a assuré que cette manipulation ne donnait pas plus de capacité de nuisance à Mythos que plusieurs autres modèles bien moins puissants.
L'argument n'a pas convaincu le gouvernement, qui a opéré une brutale volte-face après avoir ostensiblement laissé le champ libre aux grands acteurs de l'IA depuis l'investiture de Donald Trump.
Officiellement, l'administration Trump voulait éviter que des acteurs étrangers, chinois en particulier, ne mettent la main sur Mythos.
- Un contentieux existant -
Ce nouveau chapitre de la relation houleuse entre Anthropic et l'Etat fédéral intervient alors que les deux anciens partenaires s'affrontent devant la justice civile.
Début mars, Donald Trump a ordonné la rupture de tous les contrats liant le gouvernement à la start-up, sanctionnée pour n'avoir pas levé certaines restrictions sur ses modèles.
Anthropic, qui a depuis saisi la justice, ne voulait pas voir Claude servir à de la surveillance de masse de la population américaine ou à des attaques automatisées.
Certains ont vu dans l'affaire Mythos une représaille dirigée contre un groupe dont le patron, Dario Amodei, a toujours gardé ses distances avec Donald Trump, à la différence de Sam Altman, à la tête de son principal concurrent OpenAI.
Ce dernier a également été contraint, la semaine dernière, de faire valider l'accès de chaque client à son nouveau modèle GPT-5.6, mais a évité la suspension.
-Divisions à la Maison Blanche-
La valse-hésitation du gouvernement, marquée par plusieurs revirements non motivés, a mis en évidence des dissensions au sein même de la Maison Blanche, entre partisans d'un développement débridé de l'IA américaine et supporters d'une approche raisonnée.
Selon Marc Andreessen, légende du capital-investissement dans la tech et soutien de longue date de Donald Trump, la balance penche désormais clairement du côté de la régulation.
Toute l'industrie réclame un cadre clair pour aller de l'avant. Un décret présidentiel a fixé au 1er août au plus tard la publication d'une liste de critères d'évaluation, présentée comme "volontaire", des modèles par les entreprises les plus avancées.