Le yen s'enfonce à ses plus bas niveaux depuis 40 ans face au dollar, une glissade face à laquelle Tokyo se dit prêt à agir "à tout moment" pour défendre sa devise.

Sous pression depuis des années, la monnaie est tombée lundi sous 161,96 yens pour un dollar, un niveau plus vu depuis décembre 1986, très loin de son pic de 75 yens pour un dollar enregistré en 2011.

Voici quelques éléments sur les raisons de cette dépréciation, son impact économique et les moyens d'action de Tokyo.

- Grand écart des taux -

Le yen pâtit avant tout de la différence entre les taux d'intérêt japonais et américains.

La Banque du Japon (BoJ) a certes relevé en juin son taux directeur à 1%, au plus haut depuis trois décennies, mais l'institution reste prudente sur la poursuite de son resserrement monétaire.

A l'inverse, les investisseurs intègrent dans leurs anticipations des hausses des taux de la Réserve fédérale (Fed) à la suite de sa réunion de politique monétaire mi-juin.

La banque centrale américaine avait décidé de ne pas toucher à ses taux d'intérêt, se situant entre 3,50% et 3,75%, mais diffusé des prévisions suggérant un possible relèvement des taux d'ici à la fin de l'année.

De quoi encourager les investisseurs à emprunter en yens pour investir dans des placements bien plus rémunérateurs en dollars.

Et de façon générale, un tour de vis monétaire favorise la lutte contre l'inflation et soutient la monnaie nationale, tandis que la faiblesse relative des taux nippons plombe l'attractivité du yen.

"La perspective de taux d'intérêt américains plus élevés a creusé l'écart de politique monétaire anticipé entre les États-Unis et nombre de leurs principaux partenaires commerciaux, accroissant la demande pour des actifs libellés en dollars", résume Axel Rudolph, du courtier IG.

"Pour changer durablement de tendance, il faudrait que la BoJ adopte une position plus restrictive afin de relever davantage des taux d'intérêt réels, qui sont actuellement négatifs" sur fond d'inflation élevée, complète Michael Wan, analyste de la banque MUFG.

L'inflation japonaise (hors produits frais) était de 1,4% sur un an en mai.

Des relèvements de taux de la BoJ pourraient cependant se heurter à la résistance du gouvernement de la Première ministre Sanae Takaichi, soucieuse de ne pas étouffer la croissance par des coûts d'emprunt élevés.

- Facture énergétique -

Le Japon, quatrième économie mondiale, importait environ 95% de son pétrole du Moyen-Orient avant le conflit déclenché en février qui a provoqué une envolée des cours des hydrocarbures.

L'archipel a vu sa facture énergétique exploser d'autant, et comme le pétrole est libellé dans la monnaie américaine, le pays a dû se procurer davantage de dollars, accentuant mécaniquement la pression sur le yen.

-Coup de pouce aux exportations-

Un yen plus faible rend les exportations japonaises plus attractives pour des acheteurs étrangers munis d'autres devises, et le président américain Donald Trump s'en était lui-même plaint.

Le repli du yen permet également d'attirer plus de touristes, qui bénéficient d'un voyage et de shopping à moindre coût.

Mais la dépréciation du yen contribue à l'inverse à renchérir nettement les produits importés -du pétrole aux produits alimentaires-, dopant l'inflation.

L'administration Takaichi a entrepris depuis fin 2025 de protéger les consommateurs grâce à des subventions, notamment sur l'énergie.

- Vers une intervention ? -

Tokyo peut puiser dans ses énormes réserves de liquidités en devises étrangères, notamment en titres du Trésor américain, pour acheter des yens afin de défendre sa devise.

Le gouvernement japonais avait déjà dépensé environ 11.700 milliards de yens (63 milliards d'euros) en mai sur le marché des changes, avec un impact très éphémère.

Les investisseurs s'interrogent désormais sur de nouvelles interventions. "Nous sommes prêts à prendre les mesures appropriées si nécessaire", a affirmé mardi la ministre des Finances Satsuki Katayama.

Dans l'immédiat, des chiffres officiels mensuels attendus plus tard mardi doivent indiquer si Tokyo est intervenu courant juin.

De telles interventions ont cependant un effet limité et très temporaire.

- D'autres options -

Tokyo pourrait encourager ses fonds de pension et compagnies d'assurance-vie à rapatrier des capitaux au Japon, compte tenu de son statut de grand créancier net vis-à-vis du reste du monde, indique à l'AFP Michael Wan, analyste de la banque MUFG.

"Mais ce qui serait crucial, c'est un engagement continu en faveur de la discipline budgétaire, couplé à la garantie que le gouvernement n'interviendra pas de manière excessive dans la conduite de la politique monétaire de la BoJ pour gérer l'inflation", indique-t-il.