Le marché des fusions et acquisitions s'est envolé au premier semestre 2026 au niveau mondial, avec une hausse du nombre de transactions dépassant les 20 milliards de dollars, et ce malgré l'incertitude que fait peser l'intelligence artificielle sur l'intérêt de certaines acquisitions.

Le montant des accords annoncés dans le monde sur les cinq premiers mois de l'année est en hausse de 41% sur un an, selon une estimation du cabinet Bain & Company.

La zone Europe, Moyen-Orient et Afrique connait elle une hausse de 77% de la valeur des opérations sur cette période, selon Bain & Company.

Une des plus grosses acquisitions en cours est le rachat par le groupe américain McCormick & Company des marques alimentaires du géant britannique des produits d'hygiène, cosmétiques et d'alimentation Unilever pour 15,7 milliards de dollars. Le rachat par le fabricant finlandais d'ascenseurs Kone de son concurrent allemand TKE va, lui, valoriser TKE à 29,4 milliards d'euros.

La tendance aux "megadeals" s'est accélérée début 2026.

"En moyenne sur les dix dernières années, les opérations au-dessus de 25 milliards représentent environ 14% du volume global de fusions et acquisitions qu'on voit dans le monde. Depuis le début de l'année, elles représentent 31% des volumes qu'on observe", a indiqué à l'AFP Anne Bizien, codirectrice de l'équipe de fusions et acquisitions chez Goldman Sachs France.

Concernant la France, "il y a une baisse du nombre de deals, mais une augmentation" des montants, du fait de fusions et d'acquisitions à plusieurs dizaines de milliards, souligne un banquier d'affaires de la place parisienne.

Ainsi le rachat annoncé par les opérateurs français Orange, Bouygues Télécom et Iliad (Free) de leur rival SFR se fera pour un montant total de 20,35 milliards d'euros.

Les troubles géopolitiques ne semblent pas influer sur l'appétit pour les fusions et acquisitions. "Depuis le Covid, on est quand même dans une période de volatilité qui est un peu la nouvelle normalité", explique Mme Bizien.

- Les transformations liées à l'IA -

Dans ce contexte, c'est plutôt "le poids fondamental des transformations (liées à) l'intelligence artificielle qui conduit un certain nombre d'opérations de fusions et acquisitions dans ce secteur, ou autour de ce secteur, ou à cause de ce secteur", indique Arnaud Leroi, de Bain & Company.

Au-delà des grosses affaires dans le secteur de l'IA proprement dit, il y a des opérations qui sont liées à l'IA, comme l'accès aux puces et aux semi-conducteurs, mais également à "l'énergie, en raison du côté boulimique des data centers en termes d'électricité", ajoute-t-il.

Ainsi, l'énergéticien américain NextEra Energy a annoncé en mai le rachat de son concurrent Dominion Energy pour créer le plus gros acteur mondial des marchés régulés de l'énergie, une opération qui valorise Dominion environ 66 milliards de dollars.

Les investisseurs sont extrêmement prudents avant d'investir dans les secteurs qui pourraient être touchés à court et moyen terme.

"Nous n'avons plus beaucoup d'opérations où l'acheteur" ne demande pas "avant de signer" si ce qu'il s'apprête à acheter ne va pas changer de "modèle économique" avec l'IA, relève M. Leroi. Avec la question permanente: "est-ce que ce que je vais acheter va plutôt être parmi ceux qui vont y gagner ou y perdre ?".

"On a vu une rotation de l'investissement. Ce qui s'est passé sur les valorisations du secteur du logiciel", fortement dépréciées, "a remis sur le devant de la scène des sociétés avec des actifs tangibles (par exemple des productions industrielles) qui étaient moins aimés des investisseurs", souligne Mme Bizien.

Les infrastructures, de la concession aéroportuaire aux data centers, "ça ne se remplace pas", souligne un banquier parisien.