Le yen continue de s'enfoncer face au dollar mardi, à des niveaux plus vus depuis 40 ans, sous la pression de l'écart entre les taux d'intérêt japonais et américains, tandis que les Bourses asiatiques ont été aidées par les valeurs tech dans le sillage de Wall Street.
Le yen s'enfonce
Vers 06H30 GMT, la devise japonaise cédait 0,21% face au billet vert, à 162,28 yens pour un dollar, après être tombée en cours de séance à 162,41 yens pour un dollar, son plus bas niveau depuis fin 1986.
Le yen a perdu environ 12% en un an: la monnaie a pâti de l'envolée des cours du pétrole, qui alourdissent la facture des importations énergétiques japonaises, mais surtout de l'écart entre taux d'intérêt japonais et américains.
La Banque du Japon (BoJ) a certes relevé en juin son taux directeur à 1%, mais l'institution reste prudente sur la poursuite de son resserrement monétaire.
A l'inverse, les investisseurs intègrent de plus en plus dans leurs anticipations de hausses des taux de la Réserve fédérale (Fed) à la suite de sa réunion de politique monétaire mi-juin.
La banque centrale américaine avait sans surprise décidé de ne pas toucher à ses taux d'intérêt, se situant entre 3,50% et 3,75%, mais les marchés avaient été pris au dépourvu par ses prévisions suggérant un possible relèvement des taux d'ici à la fin de l'année.
Un tour de vis monétaire favorise la lutte contre l'inflation et soutient généralement la monnaie nationale, tandis que la faiblesse relative des taux nippons plombe l'attractivité du yen.
"L'écart de rendement reste important entre États-Unis et Japon (...) Bien que la BoJ ait relevé son taux directeur, les forces structurelles sous-jacentes l'emportent: les marchés jugent le rythme de hausse de la BoJ trop lent pour réduire significativement l'écart", explique Iris Yuen, de Standard Chartered, dans une note.
Pour autant, elle pointe "un risque croissant d'intervention à très court terme" de la part des autorités japonaises pour soutenir leur devise.
Le gouvernement japonais avait déjà dépensé environ 11.700 milliards de yens (63 milliards d'euros) en mai pour soutenir sa monnaie, avec un impact très éphémère.
Tokyo se dit attentif: "Nous sommes prêts à prendre les mesures appropriées si nécessaire", a affirmé mardi la ministre des Finances Satsuki Katayama, citée par les médias locaux.
Dans l'immédiat, des fuites dans la presse d'un futur rapport gouvernemental appelant à une politique monétaire "appropriée", condition "extrêmement importante" pour soutenir l'économie japonaise, ont contribué à affaiblir le yen lundi.
"Les marchés s'interrogent sur l'ampleur de l'opposition potentielle du gouvernement japonais aux hausses de taux de la BoJ" en raison de craintes sur l'impact pour l'activité, explique Michael Wan, analyste de la banque MUFG.
"Pour changer durablement de tendance, il faudrait que la BOJ adopte une position plus restrictive afin de relever davantage des taux d'intérêt réels actuellement négatifs" sur fond d'inflation élevée, ajoute-t-il.
Bourses d'Asie soutenues par la tech
A la Bourse de Tokyo, l'indice Nikkei a clôturé en hausse de 0,85% à 70.062,32 points, et l'indice élargi Topix de 0,32% à 3.994,76 points.
A Séoul, l'indice phare Kospi a grimpé en clôture de 0,97% au terme d'une séance en dents de scie. La Bourse de Taipei a bondi de 2,50%, Sydney a cédé 0,51%, et l'indice hongkongais Hang Seng perdait 1% vers 06H30 GMT.
Les places asiatiques ont été aidées par une reprise des valeurs technologiques, après une forte performance du secteur à Wall Street la veille à la suite du vif coup de froid des dernières séances.
Or sous pression, repli du pétrole
Vers 06H30 GMT, le prix du baril de WTI nord-américain perdait 1,20% à 69,91 dollars et celui de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, lâchait 1,39% à 72,13 dollars.
Le marché reprenait son souffle après avoir été dopé la veille par le regain de tensions entre les Etats-Unis et l'Iran.
L'or abandonnait se stabilisait à 4.025 dollars, effaçant ses pertes du début de séance: le métal précieux reste pénalisé par les anticipations de nouvelles hausses de taux d'intérêt aux Etats-Unis, qui soutiennent le dollar et les rendements obligataires --au détriment de l'or, qui ne génère pas d'intérêts.