Les Bourses en Asie ont hésité mercredi, tiraillées entre la tech et l'attentisme avant l'emploi américain, tandis que le yen s'enfonce à ses plus bas niveaux en 40 ans, alimentant les spéculations sur une possible intervention de Tokyo.
Repli du yen, Tokyo guetté
La monnaie japonaise cédait 0,10% à 162,72 yens pour un dollar vers 06H30 GMT, après avoir glissé dans les échanges asiatiques à 162,84 yens, son plus bas niveau face au billet vert depuis 1986.
Le yen a perdu quelque 12% en un an: la monnaie a pâti de l'envolée des cours du pétrole, qui alourdit la facture des importations énergétiques japonaises, mais surtout de l'écart entre taux d'intérêt japonais et américains.
La Banque du Japon (BoJ) a certes relevé en juin son taux directeur à 1%, mais elle reste prudente sur la poursuite de son resserrement monétaire, tandis qu'à l'inverse, les investisseurs anticipent de façon grandissante des relèvements de taux de la Réserve fédérale américaine (Fed).
Dans ce contexte, les interrogations sur une nouvelle intervention des autorités japonaises sur le marché des changes pour soutenir le yen s'intensifient.
Tokyo, qui avait déjà dépensé environ 11.700 milliards de yens (63 milliards d'euros) en mai pour soutenir sa monnaie, avec un impact très éphémère, s'est dit prêt mardi "à prendre les mesures appropriées si nécessaire".
"Si certains traders tactiques tentent de se placer du bon côté en cas d'intervention sur le yen, le marché estime de plus en plus qu'une action unilatérale du gouvernement échouera, une fois de plus, à inverser une tendance dictée par des facteurs structurels", tempère Chris Weston, du courtier Pepperstone.
"Ces interventions répétées s'apparentent à l'action de maintenir un ballon sous l'eau: les autorités peuvent freiner temporairement le mouvement, mais à moins que les facteurs sous-jacents ne changent, le marché ramène rapidement le taux de change vers ses précédents sommets", commente-t-il.
Par ailleurs, "un autre facteur pesant sur le yen est la divergence croissante en matière de crédibilité des banques centrales: les marchés ont une confiance accrue envers la Fed sous la présidence de Kevin Warsh, anticipant que sa politique monétaire restera axée sur la maîtrise de l'inflation", ajoute M. Weston.
À l'inverse, "la BoJ doit se défendre de l'idée qu'elle a tardé à normaliser sa politique monétaire (...) et sa lenteur continue de miner la confiance dans le yen, en particulier dans un contexte marqué par les défis budgétaires du Japon et une dette publique élevée".
Bourses divergentes, les puces tirent Taipei
Les Bourses asiatiques ont connu mercredi des fortunes contrastées.
A la Bourse de Tokyo, l'indice vedette Nikkei a clôturé en hausse de 0,58% à 70.474,96 points et l'indice élargi Topix en hausse de 0,42% à 4.011,50 points.
"L'affaiblissement du yen maintenant vives les inquiétudes quant à une éventuelle intervention sur le marché des changes", mais la robuste séance de Wall Street mardi, tirée par la tech, répercute "une dynamique positive", observe le marché Monex Securities.
De même, la Bourse de Taipei a bondi de 1,94%, toujours propulsée par le géant taïwanais des puces TSMC (+3,94%).
A l'inverse, à Séoul, l'indice Kospi a abandonné 2,04%, miné par des prises de bénéfices et une pause du marché après les formidables envolées des valeurs tech, et alors que persistent les craintes de survalorisations dans l'IA.
Les investisseurs sont aussi marqués par la prudence avec la publication mercredi et jeudi de chiffres-clés sur l'emploi aux Etats-Unis.
Pétrole stable, les yeux sur le Qatar
Vers 06H30 GMT, le cours du baril de WTI nord-américain était stable à 69,52 dollars, tout comme celui de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, à 73,01 dollars.
Le marché reflétait les incertitudes sur les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, après le regain d'hostilités du week-end dernier.
Le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, a affirmé mardi qu'aucune discussion directe n'était prévue dans les jours à venir à Doha, où Washington a envoyé ses émissaires pour des réunions avec des médiateurs.
De son côté, l'or cédait 1,02% à 3.967 dollars l'once. Le métal précieux reste pénalisé par les anticipations de hausses de taux d'intérêt aux Etats-Unis, qui soutiennent le dollar et les rendements obligataires.