AWS et Microsoft veulent déployer par milliers leurs propres ingénieurs chez leurs clients, afin de les aider à tirer profit de l'intelligence artificielle, qui peine encore à démontrer sa rentabilité dans les entreprises.

Pour y parvenir, Microsoft a annoncé jeudi la création de Microsoft Frontier Company, une nouvelle branche dotée de 2,5 milliards de dollars et appelée à réunir 6.000 experts et ingénieurs.

Son concurrent Amazon Web Services (AWS), numéro un mondial du cloud, avait annoncé mardi un investissement similaire d'un milliard de dollars dans une organisation baptisée Forward Deployed Engineering, elle aussi chargée d'intégrer ses milliers d'ingénieurs chez ses clients.

Les deux géants du cloud répondent par là à un même paradoxe: les entreprises ont massivement acheté des outils d'IA, mais ces dépenses tardent à payer.

Fin 2025, près de neuf entreprises sur dix avaient déployé l'IA dans au moins une partie de leurs activités, mais 94% n'en tiraient aucune valeur "significative", selon le cabinet McKinsey.

Son étude, publiée fin avril, soutient que distribuer des outils d'IA aux salariés ne suffit pas mais qu'il faut repenser la façon même de travailler autour de ces outils.

Les deux mastodontes américains de l'informatique en ligne, qui fournissent serveurs et logiciels à une myriade de sociétés à travers le monde, parient ainsi que leurs propres ingénieurs y parviendront plus vite et mieux que les équipes internes de leurs clients.

"Ce n'est pas parce que quelqu'un s'enthousiasme pour l'IA agentique que l'IA agentique est la bonne réponse", tempère auprès de l'AFP Sri Elaprolu, directeur du centre d'innovation en IA générative d'AWS.

Chez Microsoft, Rodrigo Kede Lima, qui dirigera la nouvelle division, tient un discours voisin: "Les clients ne viennent pas nous dire: je veux plus de logiciels. Ils disent: je veux des résultats."

Avec ces projets, Microsoft et AWS emboîtent le pas aux grands labos d'IA de San Francisco: OpenAI, le créateur de ChatGPT, et son rival Anthropic, éditeur de Claude, ont lancé au printemps leurs propres équipes d'ingénieurs à demeure chez leurs clients, en s'associant à de grands fonds d'investissement.

Ce faisant, ils ont ravivé une idée inventée il y a plus de dix ans par Palantir, le spécialiste américain de l'analyse de données.

Le mouvement intervient alors que les géants de la tech cherchent à rentabiliser des investissements records consentis pour développer l'IA et construire les mégacentres de données, remplis d'une multitude de processeurs, qu'elle exige.

Malgré une forte croissance de son activité cloud, Microsoft a déçu les marchés et son action a perdu près d'un quart de sa valeur depuis janvier.

Le groupe a supprimé environ 15.000 postes en 2025, dont une partie dans ses équipes commerciales, et une nouvelle vague de coupes est attendue.

Interrogé sur la provenance des 6.000 experts annoncés, Judson Althoff, directeur général de la branche commerciale de Microsoft, a précisé qu'il s'agirait surtout de mouvements internes de salariés, complétés par des recrutements.