Le groupe franco-allemand KNDS, qui a indiqué mercredi attendre des conditions de marché plus favorables pour lancer son introduction en Bourse, s'est heurté à des investisseurs réticents, a appris l'AFP jeudi.
Cette opération, annoncée il y a moins d'une semaine, devait être l'une des plus importantes introductions en Bourse (IPO) récentes dans la défense européenne, avec une cotation prévue à Paris et Francfort et une valorisation entre 15 et 18 milliards d'euros, selon Bloomberg.
Le groupe KNDS, au coeur du projet de char du futur MGCS, a annoncé mercredi soir repousser son entrée en Bourse en attendant "le retour de conditions de marché plus favorables" face à la "volatilité du secteur européen de la défense", selon un communiqué.
Le titre du géant allemand de l'armement Rheinmetall a chuté de près de 20% le 24 juin, le jour même de l'annonce du projet d'introduction en Bourse de KNDS, après le retrait par Berlin d'un important contrat de navires de guerre.
Cela a "refroidi les investisseurs", a expliqué à l'AFP une source proche du dossier.
Ceux-ci restent convaincus par le profil d'acteur européen spécialisé dans la défense de KNDS, mais après les pertes essuyées sur le titre Rheinmetall et d'autres valeurs du secteur, ils se sont montrés "plus réservés" sur la valorisation envisagée pour l'IPO, a ajouté cette source.
"KNDS et ses actionnaires continueront de surveiller de près les conditions de marché et se tiennent prêts à reprendre leur processus d'introduction en Bourse quand les conditions de marché le permettront", a indiqué l'entreprise.
Début juin, le dossier de l'IPO semblait débloqué après que Berlin était parvenu à un accord avec Wegmann & Co., la holding regroupant les familles allemandes possédant en partie KNDS, pour racheter leurs parts.
Dans un communiqué transmis jeudi à l'AFP, le ministère de l'Economie allemand a indiqué que le gouvernement "prend acte de la décision" de reporter l'IPO et qu'il continuera de "suivre attentivement l'évolution de la situation et de l'évaluer".
Les discussions entre Wegmann et l'État allemand "se poursuivent indépendamment et ne remettent en aucun cas en cause la volonté commune des États français et allemand de construire une souveraineté commune en matière de défense terrestre", a indiqué à l'AFP une autre source proche du dossier, côté français.
Les États français et allemand doivent chacun détenir 40% du capital du groupe, les 20% restants devant être introduits sur le marché.
Le prix de cession de l'action, qui a fait encore l'objet "d'intenses discussions", selon le directeur général du groupe Jean-Paul Alary, n'avait pas été révélé au moment de l'annonce, mais une opération en juillet avait été évoquée.
Créé en 2015 par la fusion du groupe français Nexter, alors détenu par l'État français, et de l'allemand KMW, propriété de la famille Bode-Wegmann, KNDS est l'un des acteurs clé de l'industrie européenne de défense terrestre face à la concurrence américaine (General Dynamics/GDLS).
L'annonce de son introduction en Bourse était survenue deux jours après celle d'un accord entre Paris et Berlin sur la gouvernance paritaire de cette entreprise qui fournit des chars, des véhicules blindés de transport de troupes, des canons Caesar, très prisés en Ukraine, ainsi que des ponts portables et des véhicules robotisés.