Près d'un dirigeant de PME ou d'ETI sur deux se sent seul dans l'exercice de ses fonctions, sentiment qui s'est renforcé au cours des dix dernières années, selon une étude publiée mardi par Bpifrance Le Lab.
En effet, 49% déclarent se sentir isolés, contre 45% lors d'une précédente étude en 2016, selon cette enquête réalisée auprès de 917 dirigeants d'entreprises de plus de 10 salariés, assortie de 37 entretiens approfondis.
La proportion de dirigeants se disant "très isolés" est passée de 11% à 18% en dix ans.
L'enquête, a cependant observé lors d'une conférence de presse le directeur des études de Bpifrance Philippe Mutricy, s'est majoritairement déroulée en mars et avril quand l'issue de la guerre au Moyen-Orient était incertaine.
Malgré les crises (covid, inflation, guerre) qui s'enchaînent, les chefs d'entreprise citent d'abord, à 63%, la complexité réglementaire et administrative comme facteur alimentant leur solitude, devant l'incertitude économique (58%) et les difficultés de recrutement et de fidélisation des employés (41%) : une "petite surprise" selon M. Mutricy.
Une forme de "crise existentielle" les habite : trois quarts d'entre eux (75%) affirment s'être interrogés au cours des douze derniers mois sur le sens de leur engagement entrepreneurial.
Le sentiment de solitude culmine dans les périodes de difficultés, où 58% des dirigeants disent l'éprouver, au moment de transmettre l'entreprise (42%) mais aussi dans les situations de succès (25%).
"Le dirigeant, dans les moments-clés de la vie de l'entreprise, a peur de faire de mauvais choix", résume M. Mutricy.
Autre enseignement: 64% des dirigeants associent leur solitude à un manque de reconnaissance et à des préjugés à l'égard des chefs d'entreprise, et près des trois quarts (74%) se disent affectés par les débats politiques et budgétaires concernant les entreprises, même si seules les plus grandes sont concernées par ces débats.
M. Mutricy y voit "un paradoxe", alors que les enquêtes d'opinion montrent une affection des Français pour l'entreprise.
Parmi les dirigeants se déclarant très isolés, 46% jugent leur santé mentale dégradée et 54% leur sommeil de mauvaise qualité, contre respectivement 17% et 31% de l'ensemble.
Les dirigeants se tournent moins qu'avant vers les syndicats de patrons (19% contre 28% en 2016) ou les salons professionnels (15% contre 32%) pour rompre leur solitude mais, selon M. Mutricy, dans les entretiens, ils ont plus exprimé la dimension collective de leur fonction, utilisant plus le "nous" dans leurs réponses, un fait jugé "encourageant" contre l'isolement.