Pékin a annoncé lundi avoir ajouté 20 entités japonaises sur sa "liste noire" de contrôle des exportations, leur interdisant l'accès aux biens chinois à double usage civil et militaire, nouvelle escalade après des mois de tensions avec Tokyo.

Les entités sanctionnées ont "participé au renforcement des capacités militaires du Japon", a expliqué le ministère chinois du Commerce dans un communiqué.

Ces restrictions visent à "préserver la sécurité et les intérêts nationaux" et à "respecter les obligations internationales, notamment en matière de non-prolifération", précise-t-il.

Les tensions bilatérales se sont aggravées après que la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a suggéré en novembre dernier que Tokyo pourrait intervenir militairement en cas d'attaque chinoise sur Taïwan, île dont Pékin revendique la souveraineté.

Sous Mme Takaichi, le Japon a accéléré son tournant vers une politique de défense plus proactive, s'éloignant encore davantage --avec l'encouragement des Etats-Unis-- de sa posture pacifiste adoptée après la Seconde Guerre mondiale, pour notamment réagir à la montée en puissance militaire de la Chine.

Tokyo a récemment entrepris d'acquérir des capacités de "contre-attaque", tout en augmentant ses dépenses militaires et en approfondissant sa coopération sécuritaire avec des alliés régionaux, notamment les Philippines.

"Depuis quelque temps, la partie japonaise (...) s'est davantage engagée sur une mauvaise voie, intensifiant sa poussée vers une +nouvelle forme de militarisme+ (...) déployant des armes offensives", a estimé lundi un porte-parole du ministère du Commerce dans un communiqué distinct.

"La décision de la Chine est tout à fait justifiée, raisonnable et légale", a-t-il affirmé, ajoutant qu'elle "n'affecte pas les échanges économiques et commerciaux normaux entre la Chine et le Japon".

Les entités sanctionnées par Pékin comprennent diverses filiales spécialisées et entreprises technologiques fournissant des composants et un soutien en ingénierie au secteur de la défense japonais.

On y trouve des filiales du conglomérat de défense et d'aéronautique Mitsubishi Heavy Industries (MHI) ainsi que l'Institut national pour les études de Défense, groupe de réflexion du ministère nippon de la Défense.

Pékin avait annoncé début janvier un durcissement des contrôles sur les exportations vers le Japon d'articles chinois à double usage potentiel. Des médias japonais avaient rapporté des restrictions sur les acheminements chinois de terres rares.

La Chine a le quasi-monopole mondial pour la production et le raffinage des terres rares, composants essentiels à la fabrication de nombreux produits de haute technologie, dont les systèmes de guidage de missiles et les lasers. Le Japon dépend de la Chine pour quelque 70% de ses terres rares.

Le 24 février, Pékin avait déjà placé sur sa "liste noire" de restriction d'exportations 20 entreprises japonaises.

Par ailleurs, le ministère a fait état lundi de 20 autres entités japonaises ajoutées à une "liste de surveillance", ce qui implique de la part des exportateurs de strictes évaluations des risques et garanties que les biens à double usage vendus ne renforceront pas la puissance militaire japonaise.

Ces entités inscrites sur la liste de surveillance peuvent demander à en être retirées en coopérant aux procédures de "vérification" prévues par la législation chinoise, précise le communiqué.