La Chine a ajouté lundi 20 entités japonaises à sa liste de contrôle des exportations de biens à double usage, empêchant les entreprises chinoises de leur vendre des produits sans autorisation préalable, au motif des ambitions de "remilitarisation" de Tokyo.

Cette mesure, la dernière d'une série de restrictions à l'exportation imposées par Pékin à l'encontre de Tokyo, vise à freiner le "nouveau type de militarisme" du Japon ainsi que ses ambitions nucléaires, a déclaré le ministère chinois du Commerce dans un communiqué.

Le ministère japonais de la Défense n’a pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire.

Les relations entre Pékin et Tokyo sont tendues depuis la fin 2025, à la suite de propos polémiques de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi concernant Taïwan et de la décision du Japon d’augmenter ses dépenses de défense. Sanae Takaichi avait estimé en novembre dernier qu'une attaque armée contre Taïwan pourrait relever de la légitime défense et permettre l'envoi de troupes japonaises.

La Chine a commencé à imposer des restrictions sur les exportations de biens à double usage - civil et militaire - en janvier.

"L'action légale de la Chine ne vise qu’un petit nombre d’entités japonaises; les mesures en question s’appliquent uniquement aux biens à double usage, ce qui n’affecte pas les échanges économiques et commerciaux normaux entre la Chine et le Japon", souligne le ministère, assurant que les entités japonaises respectueuses de la loi et opérant "de bonne foi" n’avaient pas à s’inquiéter.

"Notre gouvernement a déposé une protestation solennelle et exigé le retrait de ces mesures", a déclaré le secrétaire général du Cabinet japonais, Minoru Kihara, lors d’une conférence de presse régulière, qualifiant ces mesures d’"absolument inacceptables et extrêmement regrettables".

Parmi les 20 entités visées figurent l’Institut national japonais d’études de défense, six filiales de Mitsubishi Heavy Industries (MHI) TSE:7011, premier groupe de défense japonais, quatre unités de Mitsubishi Electric TSE:6503 et deux filiales de Kawasaki Heavy Industries TSE:7012, selon le ministère.

Les porte-parole de MHI et de Mitsubishi Electric ont déclaré évaluer l'annonce, tout en refusant de préciser si cela pourrait affecter leurs activités.

Les biens à double usage désignent des produits, logiciels ou technologies pouvant avoir des applications militaires ou servir au développement d’armes.

Les exportateurs chinois ont désormais interdiction de vendre ces biens à ces entités, tandis que les organisations et particuliers étrangers ne peuvent pas leur transférer ou leur fournir de biens à double usage d’origine chinoise, avec effet immédiat.

Le ministère a également inscrit 20 autres entités japonaises sur une liste de surveillance, car il n’a pu vérifier les utilisateurs finaux ni l’utilisation finale des biens à double usage qui leur sont vendus.

Cette liste exige des exportateurs qu’ils fournissent un rapport d’évaluation des risques ainsi qu’un engagement écrit à ne pas utiliser les biens à double usage à des fins susceptibles de renforcer la puissance militaire japonaise.