Dans une zone industrielle de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), au nord-ouest de Paris, rien ne suggère que ce bâtiment semblable aux autres abrite plus d'un millier de vélos électriques reconditionnés qui iront ensuite parcourir les routes de France et d'Europe.

"Ici, c'est notre premier centre de reconditionnement, celui où on a construit tout notre savoir-faire" en s'inspirant du marché des voitures d'occasion, explique à l'AFP Stéphane Ficaja, cofondateur d'Upway, start-up française spécialisée dans la vente de vélos à assistance électrique (VAE) reconditionnés.

L'entreprise achète des VAE à des particuliers ou des professionnels, les reconditionne, puis les revend en ligne, avec une garantie d'un an.

Lancée en novembre 2021 en France, Upway a maintenant sept autres centres de reconditionnement: trois en Allemagne, deux aux Pays-Bas et deux aux Etats-Unis (Los Angeles et New York).

Les centres européens desservent aussi l'Autriche, la Suisse, la Belgique, l'Espagne et l'Italie via des déclinaisons locales du site internet, tandis que les activités américaines sont indépendantes.

"Sur notre site internet, on a environ 5.000 vélos électriques qui sont en moyenne 50% moins chers que le neuf", précise M. Ficaja.

- 50 points de vérification -

Depuis l'entrée du bâtiment, on distingue au fond les établis où une centaine de vélos sont reconditionnés chaque jour, selon un processus entièrement numérisé.

Chaque VAE réceptionné (acheté à un particulier ou à un commerçant reprenant les vélos lors d'un nouvel achat, ou modèle d'exposition par exemple) est inspecté, enregistré et identifié.

Bien alignés mais tous différents (vélos de ville, cargos, pliants, VTT, plus ou moins usés, de différentes marques), des dizaines de VAE attendent de passer entre les mains des mécaniciens.

Pour pouvoir reconditionner des produits aussi variés, Upway a développé ses propres logiciels, pour suivre chaque étape entre l'achat et la revente et pour gérer au mieux les commandes de pièces détachées.

"On suit les stocks en temps réel dans tous nos entrepôts et on fait de plus en plus de commandes en temps réel, pour s'assurer qu'on reçoit toujours les bonnes pièces au bon moment", illustre M. Ficaja.

Sur chaque vélo à réparer, un sac en tissu suspendu à la selle ou au guidon contient les accessoires (batterie, chargeur, clés, manuel d'utilisation) et sur le guidon, un bracelet de couleur (vert, bleu, jaune, orange ou rouge) précise le degré de difficulté estimé de la réparation.

"On a 50 points de vérification", souligne M. Ficaja.

Une fois entièrement révisé, le vélo passe au lavage, puis au studio photo, pour illustrer les annonces du site.

Entre les photos d'ensemble, celles plus détaillées montrant les éventuels défauts et traces d'usure, et la checklist de vérification, "le client a une idée très précise de ce qu'il achète", parce qu'un VAE "est trop cher pour se contenter d'un simple classement par grade" comme pour les smartphones reconditionnés, souligne M. Ficaja.

Au niveau de la zone d'expédition, quelques dizaines de vélos couverts de papier bulle s'apprêtent à être mis en cartons.

- Objectif: un million de vélos reconditionnés en 2030 -

"On a des vitesses de rotation qui sont très très rapides. En moyenne, 80% des vélos vont rester moins de 15 jours", note M. Ficaja.

Cette stratégie de croissance ultrarapide rappelle celle adoptée à ses débuts par Uber --désormais géant des VTC et des livraisons de repas-- où Stéphane Ficaja et son associé Toussaint Wattinne travaillaient avant de lancer Upway.

Pour financer cette expansion, "on a levé plus de 125 millions de dollars (environ 110 millions d'euros, NDLR) depuis nos débuts", dit M. Ficaja.

"Même si on est encore dans une logique d'investissements, on compte être profitables en Europe cette année", ajoute-t-il.

Parmi les investisseurs, on trouve entre autres le fonds américain Sequoia (qui a soutenu les débuts d'Apple et d'OpenAI) et Origins, le fonds créé par l'ancien milieu de terrain du PSG et champion du monde de football en 2018 avec la France, Blaise Matuidi.

Upway emploie plus de 400 personnes à travers le monde, dont la moitié de mécaniciens. Elle a déjà remis à neuf 150.000 vélos électriques, compte en reconditionner plus de 100.000 cette année et prévoit d'en remettre plus d'un million en circulation d'ici 2030.