Régler son mojito avec un bracelet, dans un espace où l'argent liquide disparait, c'est ce que vient de faire Zoé, rencontrée par l'AFP au festival de musique Beauregard qui se tient jusqu'à dimanche à côté de Caen, en Normandie.

"Je trouve ça plutôt pratique et sécurisant", explique la jeune femme de 21 ans, convaincue par ce moyen de paiement baptisé John e-cash, indispensable pour commander des boissons aux différents bars du site, comme de plus en plus souvent dans les festivals depuis une dizaine d'années.

"Au moins je ne perds pas mes billets dans la foule, c'est là-dedans", renchérit Tom, 20 ans, qui l'accompagne. Il montre fièrement son bracelet orange, qui lui permettra d'accéder aux concerts jusqu'à dimanche.

Largement équipés de ces solutions de paiement, les festivals de musique sont devenus les laboratoires d'un monde où les espèces ne sont plus monnaie courante.

A Beauregard, situé sur la commune d'Hérouville-Saint-Clair, une carte de paiement est remise aux détenteurs de billets à la journée. Pour ceux qui assistent au festival deux jours ou plus, la puce utilisée pour les paiements est directement intégrée dans le bracelet qui fait office de billet.

Les festivaliers doivent ensuite charger un portefeuille virtuel, sorte de porte-monnaie électronique, via leur téléphone ou dans des "banques" présentes sur le site.

Pour régler leurs achats aux différentes buvettes, il approchent leur poignet du terminal du paiement tendu par le vendeur. La transaction se fait instantanément, sans contact.

Ce moyen de paiement n'est pas gratuit: un euro est prélevé à son activation, et les sommes chargées mais non dépensées qui n'auront pas été réclamées avant la mi-septembre seront perdues.

- Cyberattaque ou panne -

Que l'on y soit contraint pour se désaltérer à Beauregard, ou dans les habitudes prises dans la vie quotidienne, "on utilise moins les espèces pour payer", reconnaissait jeudi le patron de la Monnaie de Paris Marc Schwartz, lors d'une table ronde à l'autre bout de la France, à l'occasion des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence.

L'argent liquide, désormais dépassé par la carte bancaire, ne représente plus que 43% des transactions en France en 2024, selon les dernières données de la Banque centrale européenne (BCE), contre 50% en 2022 et 68% en 2016.

Mais malgré les nouvelles formes de concurrence en matière de paiement, via mobile par exemple, le basculement dans un monde débarrassé des pièces et des billets n'est pas encore pour demain, selon plusieurs professionnels du paiement.

Le cash "a un avenir", assurait même le directeur général du groupement Cartes Bancaires (CB) Philippe Laulanie, présent à Aix-en-Provence aux côtés de M. Schwartz.

Sa vertu principale? La résilience.

Le cash est en effet très utile en cas de cyberattaque ou de panne généralisée, comme ça a pu être le cas en Espagne au printemps 2025 ou après le passage du cyclone Chido à Mayotte, fin 2024.

"On le constate dans tous les épisodes de crise: guerres, tensions géopolitiques, crises sanitaires: les citoyens demandent plus d'argent liquide", a souligné de son côté M. Schwartz, dont la société, publique, fabrique les pièces en euros.

"Les pays baltes ou les pays du Nord (de l'Europe) qui avaient dit +on sera cashless+ (sans cash, NDLR), sous la pression de Poutine à droite et de Trump à gauche (...) demandent aujourd'hui à refaire de la monnaie", a relevé M. Laulanie.

La Banque de France, qui imprime notamment les billets de banque, avait affirmé en février qu'elle n'abandonnerait "jamais" l'argent liquide.