
La dernière baisse de l'argent montre à quelle vitesse le risque géopolitique peut se retourner contre les métaux précieux lorsqu'il alimente le récit inflationniste.
Le métal blanc est tombé sous 58 $ l'once mercredi, les investisseurs s'interrogeant sur la tenue de la fragile voie de paix entre les États-Unis et l'Iran et sur le fait que de nouvelles pressions autour du détroit d'Ormuz pourraient rendre les prix de l'énergie vulnérables.
Pour l'argent, le risque ne se limite pas au pétrole : il s'agit aussi de ce que des cours pétroliers plus élevés pourraient signifier pour la Réserve fédérale.
Le risque d'Ormuz devient un problème pour la Fed
L'argent au comptant se traitait légèrement sous 58 $ durant les heures asiatiques, laissant FX:XAGUSD en baisse d'environ 1 % sur la journée.
Cette évolution fait suite à des doutes renouvelés sur les négociations indirectes entre les États-Unis et l'Iran à Doha, où les envoyés américains devraient travailler via des médiateurs plutôt que de rencontrer directement des responsables iraniens.
Cela importe car le différend est lié au détroit d'Ormuz, l'un des goulots d'étranglement énergétiques les plus importants au monde.
Tout système de redevances, perturbation du transport maritime ou nouvelle tension militaire dans cette voie navigable pourrait raviver la pression à la hausse sur les prix du pétrole.
Cela compliquerait à son tour les perspectives d'inflation alors que les opérateurs débattent de l'éventualité d'un nouveau resserrement de la Fed cette année.
L'argent bénéficie souvent d'achats refuge, mais ce soutien s'affaiblit lorsque la tendance dominante est à des taux plus élevés et à un dollar plus fort.
Comme l'or, l'argent ne verse pas de rendement, ce qui le rend moins attractif lorsque les investisseurs peuvent obtenir davantage de rendement via des liquidités ou des obligations.
Les données américaines reprennent le devant de la scène
La prochaine épreuve provient des données économiques américaines. Les investisseurs surveillent le rapport ADP sur l'emploi privé et le PMI manufacturier ISM de juin, tous deux attendus plus tard mercredi.
Les calendriers actuels indiquent un recrutement dans le secteur privé attendu autour de 118 000, contre 122 000 en mai, tandis que l'indice manufacturier ISM devrait se maintenir près de 54.
Le contexte du marché du travail a déjà donné un certain soutien aux faucons de la Fed.
Les offres d'emploi de mai sont restées de façon inattendue proches de 7,6 millions, au-dessus des prévisions, suggérant que la demande de main-d'œuvre reste résiliente même si les embauches ont ralenti.
Cette combinaison est gênante pour les marchés : l'économie n'est pas assez faible pour forcer un assouplissement de la politique monétaire, mais les risques d'inflation n'ont pas disparu.
Le rapport sur l'emploi non agricole de jeudi est donc le déclencheur le plus important.
Un chiffre solide renforcerait probablement la thèse des taux durablement élevés et maintiendrait la pression sur l'argent. Un chiffre plus faible pourrait laisser au métal de la marge pour se stabiliser.
L'argent n'a toujours pas de déclencheur haussier clair
L'histoire plus large de l'argent n'est pas rompue. La demande industrielle reste un soutien utile, notamment en matière d'électrification et de demande solaire.
Mais la formation des prix à court terme est dictée par des forces macroéconomiques plutôt que par un optimisme lié à l'offre et à la demande.
Pour l'heure, les opérateurs doivent composer avec un mélange familier : une diplomatie incertaine au Moyen-Orient, un risque d'inflation sensible au pétrole et une Fed qui a peu de raisons d'adopter un ton accommodant.
Tant qu'une de ces pressions ne s'atténue pas, les rebonds de l'argent auront du mal à paraître durables.